jeudi 21 juin 2018

Fête de la musique — C'était mieux ailleurs

Quoique né, à peu de choses près, en même temps que la Fête de la musique, je mentirais en prétendant en avoir des souvenirs très précoces. Cependant, il me reste de mes sorties adolescentes dans Clermont-Ferrand des sentiments et des sensations dont la nostalgie me suit : la peur d’être en retard a une odeur épaisse de merguez grillée, l’envie d’être cool résonne dans une cacophonie joyeuse.

C’est que le centre-ville clermontois n’est pas bien grand : toute la ville se retrouve entre la place de Jaude, celle de la Victoire et Ballainvilliers. En bas de la colline, Vercingétorix encourage la foule à monter vers la cathédrale ; en haut, Urbain II bénit ceux qui veulent s’en éloigner ; tout le monde se croise rue des gras. Les vendeurs de rue subissent la même compression : la barbe à papa tourne dans la fumée d’une rôtisserie, les churros baignent à côté des frites. (Je vous parle du millénaire dernier, le kébab n’était pas encore inventé.)

Et la musique est à l’unisson, pour ainsi dire : tutti frutti et pot pourri. Les groupes sont posés à la queue-leu-leu au pied des noires façades, comme les étals d’un vide grenier. En dix mètres, le moustachu à guitare cotoie un reggae-man à dreadlocks descendu en bus de Châteaugay que regardent avec réprobation les parents des trois collégiens chantant du Goldman. À chaque intersection, les quatre mêmes types en noir couvrent toute velléité musicale concurrente : le batteur porte des bagues en forme de tête de mort, le guitariste semble entre l’orgasme et l’agonie, le bassiste se regarde le bas ventre, le chanteur sera aphone le lendemain. Du conservatoire municipal s’échappe une symphonie de Dvorak dans un arrangement pour orchestre d’harmonie. Sur le perron de l’église des Minimes, une chorale chante des bondieuseries et Claire de St-V. me demande si j’ai accepté l’amour du Christ.

Depuis que je suis venu à Lyon, rien n’est plus pareil : aucun hard-rocker ce soir devant Saint-Nizier pour pimenter le chant de messe indigent qu’anonnait avec enthousiasme mais sans talent une demoiselle patronesse. Le plus proche groupe de percussions était à plus de cent mètres. La ville est trop grande, les musiciens trop espacés. On entend ce qu’ils jouent.

Et puis il n’y a plus de merguez. Et les collégiens ne chantent plus Goldman. Où sont donc les moustachus à guitare d’antan ?

mardi 19 juin 2018

Les poignets

Comme beaucoup d’enfants, je ne me tenais pas bien à table. J’ai évidemment entendu de nombreuses fois les classiques « Tu as perdu ton bras à la guerre ? » (lorsque l’un des deux disparaissait sous la table) et autres « Ne mets pas tes coudes sur la table ! » Le souvenir le plus fort que je garde de Mireille à ce sujet concerne les poignets de pulls. Elle m’avait expliqué une fois :

« Tu vois la couture qu’il y a au niveau des poignets de ton pull ? À table, si on ne se sert pas de ses couverts, on garde les bras le long du corps et on pose les poignets de façon que cette couture soit alignée avec le bord de la table. Enfin, je parle des petits garçons bien élevés ! Tu t’en souviendras si ton patron t’invite au restaurant, plus tard. »

Et de faire le geste pour me montrer.

De fait lorsque je mange avec mon patron, avec un client ; lorsque je mange tout court, et que je porte une chemise, ou un vêtement avec une couture au niveau du poignet, j’y pense immanquablement.

samedi 16 juin 2018

Le cadeau de Guy à Mireille

 

Une autre pensée pour les aïeux

Lire la suite...

lundi 11 juin 2018

Mireille et les couvercles

 

Dans la cuisine, bis.

Lire la suite...

lundi 4 juin 2018

Les tomates farcies de Mireille

J’ai passé de nombreux mercredis chez mes grands-parents, chez Roland et Madeleine à Paris, chez Guy et Mireille à Noisy.

Mireille (à la différence de Madeleine) cuisinait très bien, en particulier les plats classiques de la cuisine française traditionnelle. Elle préparait fréquemment des tomates farcies, avec une légère variante dans la recette par rapport à celles de ma mère et qui pour moi faisait une différence importante : elle mettait des grains de riz entre la chair et la tomate, alors que ma mère met de la mie de pain. Je pense qu’il s’est écoulé de nombreuses années de tomates farcies au riz, chez Mireille, avant que la cruelle vérité éclate au grand jour, alors que ma mère était venue me chercher pour me ramener à la maison. J’avais laissé échapper, en présence de Mireille et de sa fille, que je préférais la version des tomates farcies de ma grand-mère.

Ce mercredi soir-là ma mère avait été très vexée ; Mireille avait bien ri ; en ce qui me concerne, j’aurais eu mieux fait de me rappeler de l’un des mantras de mon grand-père Guy : « Souviens-toi qu’il existe un vieux proverbe arabe qui dit qu’il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. »

lundi 28 mai 2018

Le livre de conversation d'anglais de Mireille

 

Ou plutôt de Catherine, devrais-je dire.

Lire la suite...

mardi 22 mai 2018

Mireille et les noms de famille

Petit, je riais beaucoup du supposé ridicule qu’on peut associer à un nom de famille à la consonnance rigolote, ou dont le nom est un mot du langage courant (sans forcément que le mot soit injurieux, d’ailleurs). La cible préférée était assurément madame Lechien, voisine d’une grand-tante. Cela survenait parfois quand j’étais chez mes grands-parents. Mireille me réprimandait, arguant qu’il n’était pas beau de se moquer du nom des gens, on ne choisit pas son nom et supporter des moqueries à ce sujet peut créer beaucoup de peine à la personne concernée. Mireille avait ajouté une fois : 

« Qu’est-ce que tu dirais si tu t’appelais Romain Carotte, et qu’on rie de toi dans la rue en entendant prononcer ton nom ? Cela ne te plairait pas, tu penserais que la personne qui se moque est très impolie. »

Je ne l’ai pas dit à ma grand-mère mais il me plaisait beaucoup, ce monsieur Carotte. Ce nom me paraissait d’une grande distinction, je m’imaginais tout orange. Cette si belle couleur, ce joli légume. On n’en reste peut-être pas moins bête pour autant, mais on sourit de choses différentes, l’âge venant.

samedi 19 mai 2018

Mireille et X., le cousin de Guy

Mes grands-parents maternels, gens cultivés, lisaient beaucoup. Je me souviens d’avoir demandé une fois à Mireille s’ils avaient lu tous les livres de leur (grande) bibliothèque, et obtenu une réponse évidente.

Les grands-parents étaient tout de même restés interdits, cet après-midi-là, alors qu’ils discutaient dans la cuisine avec le cousin X. De passage à la maison des Sablons pour les saluer, il restait boire une demi-goutte avant de rentrer chez lui. Il était à pied et il pleuvait beaucoup. Lui demandant s’il comptait partir, comme il se levait et marchait vers la porte-fenêtre, Mireille se vit répondre : « Il eût fallu que la pluie cessât ! », et le cousin X. était calmement revenu s’asseoir.

vendredi 18 mai 2018

Les belles histoires de ma grand-mère Mireille

 

Préambule

Lire la suite...

vendredi 13 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (7)

 

Pour terminer en beauté

Lire la suite...

jeudi 12 avril 2018

Parce que c'était lui

Moi qui ne suis pas doué pour l’amitié, qui ai oublié plus vite que je n’aurais pensé mes meilleurs amis de certaines périodes, qui se sont eux aussi éloignés de moi, moi qui n’ai gardé que quelques bons amis d’école (et encore, j’ai beau chercher, aucun ne fait partie de ma promotion) mais pas un seul de lycée ni de collège, moi qui ai souvent l’impression de me complaire dans un caractère d’ours naturel alors même que voir des amis (avec lire et écouter de la musique, d’accord) est la chose la plus agréable au monde, moi qui vais terminer cette anaphore de moi qui devient agaçante, bref, j’ai gardé contact avec un ami d’enfance. De très petite enfance, devrais-je dire, car je l’ai quasiment vu naître, étant présent dès les premiers jours qui ont suivi sa naissance : je le connais depuis 32 ans.

Je ne m’explique pas particulièrement pourquoi lui, mais c’est un fait, malgré les divergences géographiques, l’éloignement temporel, et bien que nous n’ayons que peu de centres d’intérêt communs. Un lien a pu subsister qui a dépassé les circonstances et contingences.

Il est aujourd’hui le père d’un charmant petit garçon, parle anglais mieux que je ne pourrai jamais, ce qui me réjouit et que je prends pour lui comme une revanche sur ses difficultés scolaires passées, moi qui l’aidais en langues ; il est épanoui, est resté jeune homme le petit garçon enjoué que j’ai côtoyé presque tous les jours jusqu’à mes 15 ans.

Je l’ai revu hier, cela faisait cinq ans que nous ne nous étions pas vus. Je suis reparti heureux et lui aussi.

mardi 10 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (6)

 

Période contemporaine

Lire la suite...

samedi 7 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (5)

 

Verre teinté et parements

Lire la suite...

mercredi 4 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (4)

 

Les seventies, ce n’est pas que le disco

Lire la suite...

dimanche 1 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (3)

 

Art déco et années 1990

Lire la suite...

jeudi 29 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (2)

 

Béton et préfabrication, mes beaux soucis

Lire la suite...

lundi 26 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (1)

 

Une pensée pour mes parents architectes

Lire la suite...

samedi 24 mars 2018

Exploits du jour

On a beau être féministe, débusquer les agents du patriarcat et s’inquiéter de ses propres mufleries ; on a beau être sereinement gay, mollement revendicatif mais tout à fait visible ; on a beau connaître deux tiers d’un trouple, un homme qui se déguise en chien lors de soirées fétichistes, un ami qui conçoit habituellement des engrenages et occasionnellement se travestit ; on a beau même tirer une fierté amusée de sa propre tolérance aux hobbies extraconjugaux de l’être aimé ;

Bref, on a beau être un homme moderne, on peine parfois à ne pas plier sous le poids des stéréotypes anciens.

Depuis que, cédant aux dictats conjugués de la minceur et de mon médecin, je m’adonne au loisir absurde consistant à soulever des poids pour les laisser ensuite redescendre, chaque nouvelle concession à ces pitreries sportives m’a demandé des trésors de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la satisfaction de me rapprocher, lentement mais sûrement, d’une certaine idée de la masculinité que, depuis toujours, j’avais raillée, ridiculisée et désirée.

Je me retrouve honteux propriétaire de bidules et de machins que, tous, je sais justifier d’une manière extra-sportive à défaut d’être convaincante : les haltères ? prescription du médecin ; le bracelet de fitness ? un moyen de m’obliger à faire ce que je n’aime pas faire ; les vêtements Under Armour (car, oui…) ? j’avais un bon de réduction.

Aujourd’hui, pour autant, j’ai réalisé un petit exploit dont je n’ai même pas honte d’être fier : j’ai couru, cet après-midi, plus de douze kilomètres. (Et j’ai survécu. Le petit gros à lunettes que j’ai été n’en revient pas.) De là à imaginer que, crise de la quarantaine aidant, je me mette en tête de courir un marathon… Dieu nous en garde.

Il reste heureusement des manières moins épuisantes de se conformer à une certaine idée vieillotte de l’homme.

Oserais-je avouer que je ne me suis jamais senti aussi caricaturalement viril que cet après-midi, non au retour de ma course, mais lorsque j’ai réussi, du premier coup et sans lire le mode d’emploi, à changer le mécanisme de ma chasse d’eau ?

mercredi 24 janvier 2018

Opéra (bis)

Il y a quelques mois, en répondant à un sondage lancé par le journaliste Guillaume Tion sur Twitter, j’ai dû me rendre à l’évidence : la première fois que j’avais vu et entendu un opéra en salle, c’était La Damnation de Faust de Berlioz, à l’opéra de Lyon, et j’avais 23 ou 24 ans. Le caractère tardif de cet événement m’avait frappé sur le moment, vu les quantités de musique que j’écoute par ailleurs depuis mes 14 ans.

C’était il y a dix ans, et je ne suis pas retourné une seule fois voir un spectacle d’opéra après cette première. Je parlais un peu de cette forme musicale, avec quelques éléments d’explication (pas vraiment satisfaisants), dans ce court billet de 2013. Aujourd’hui, avec tous les gros coffrets consacrés à des chefs d’orchestre du passé qu’on a accumulés à la maison, ce sont plusieurs dizaines d’opéras, oratorios et œuvres vocales qui attendent sagement une écoute.

Soudain, à la faveur d’une commémoration festive qui tombe à propos, on se décide à aller voir le Dialogues des Carmélites de Poulenc au Théâtre des Champs Elysées, à Paris ; qui plus est, à la faveur d’une soirée de célibataire à venir, je me décide à prendre une place pour Le Cercle de craie de Zemlinsky, à l’opéra de Lyon. Deux opéras en quinze jours. Pourquoi cela, maintenant ? Mystère.

jeudi 4 janvier 2018

Apostille au billet précédent

On a pu lire beaucoup certains auteurs, jusqu’à parfois, disons, les trois quarts de leur œuvre. Mais on sait pertinemment qu’on n’en lira pas toute l’œuvre, parce qu’elle est colossale, par exemple. Ou parce qu’une partie bien spécifique des écrits de l’auteur n’est clairement pas la meilleure, ou parce que l’auteur a beaucoup plu à une certaine période, mais que d’autres ont pris le dessus sans que l’on pense jamais revenir au premier. Ou que l’auteur s’est répété à un point que l’on estime incompatible avec une lecture intégrale de l’œuvre.

Les quelques-uns qui me viennent à l’esprit : Thomas Stearns Eliot (je doute de lire jamais son théâtre), Alexandre Vialatte (je doute de lire jamais ses romans), Victor Hugo (je doute de lire jamais tout son théâtre), David Lodge et Johnathan Coe (je n’aurai lu que les romans que Fabrice m’aura conseillés), Georges Simenon (est-il humainement possible de supporter la lecture de tous ses romans durs, diversement noirs et désespérés ? je pense que je me serai arrêté avant de les avoirs tous lus).

- page 1 de 32