vendredi 13 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (7)

 

Pour terminer en beauté

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jeudi 12 avril 2018

Parce que c'était lui

Moi qui ne suis pas doué pour l’amitié, qui ai oublié plus vite que je n’aurais pensé mes meilleurs amis de certaines périodes, qui se sont eux aussi éloignés de moi, moi qui n’ai gardé que quelques bons amis d’école (et encore, j’ai beau chercher, aucun ne fait partie de ma promotion) mais pas un seul de lycée ni de collège, moi qui ai souvent l’impression de me complaire dans un caractère d’ours naturel alors même que voir des amis (avec lire et écouter de la musique, d’accord) est la chose la plus agréable au monde, moi qui vais terminer cette anaphore de moi qui devient agaçante, bref, j’ai gardé contact avec un ami d’enfance. De très petite enfance, devrais-je dire, car je l’ai quasiment vu naître, étant présent dès les premiers jours qui ont suivi sa naissance : je le connais depuis 32 ans.

Je ne m’explique pas particulièrement pourquoi lui, mais c’est un fait, malgré les divergences géographiques, l’éloignement temporel, et bien que nous n’ayons que peu de centres d’intérêt communs. Un lien a pu subsister qui a dépassé les circonstances et contingences.

Il est aujourd’hui le père d’un charmant petit garçon, parle anglais mieux que je ne pourrai jamais, ce qui me réjouit et que je prends pour lui comme une revanche sur ses difficultés scolaires passées, moi qui l’aidais en langues ; il est épanoui, est resté jeune homme le petit garçon enjoué que j’ai côtoyé presque tous les jours jusqu’à mes 15 ans.

Je l’ai revu hier. Cela faisait cinq ans que nous ne nous étions pas vus, je suis reparti heureux et lui aussi.

mardi 10 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (6)

 

Période contemporaine

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samedi 7 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (5)

 

Verre teinté et parements

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mercredi 4 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (4)

 

Les seventies, ce n’est pas que le disco

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dimanche 1 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (3)

 

Art déco et années 1990

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jeudi 29 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (2)

 

Béton et préfabrication, mes beaux soucis

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lundi 26 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (1)

 

Une pensée pour mes parents architectes

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samedi 24 mars 2018

Exploits du jour

On a beau être féministe, débusquer les agents du patriarcat et s’inquiéter de ses propres mufleries ; on a beau être sereinement gay, mollement revendicatif mais tout à fait visible ; on a beau connaître deux tiers d’un trouple, un homme qui se déguise en chien lors de soirées fétichistes, un ami qui conçoit habituellement des engrenages et occasionnellement se travestit ; on a beau même tirer une fierté amusée de sa propre tolérance aux hobbies extraconjugaux de l’être aimé ;

Bref, on a beau être un homme moderne, on peine parfois à ne pas plier sous le poids des stéréotypes anciens.

Depuis que, cédant aux dictats conjugués de la minceur et de mon médecin, je m’adonne au loisir absurde consistant à soulever des poids pour les laisser ensuite redescendre, chaque nouvelle concession à ces pitreries sportives m’a demandé des trésors de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la satisfaction de me rapprocher, lentement mais sûrement, d’une certaine idée de la masculinité que, depuis toujours, j’avais raillée, ridiculisée et désirée.

Je me retrouve honteux propriétaire de bidules et de machins que, tous, je sais justifier d’une manière extra-sportive à défaut d’être convaincante : les haltères ? prescription du médecin ; le bracelet de fitness ? un moyen de m’obliger à faire ce que je n’aime pas faire ; les vêtements Under Armour (car, oui…) ? j’avais un bon de réduction.

Aujourd’hui, pour autant, j’ai réalisé un petit exploit dont je n’ai même pas honte d’être fier : j’ai couru, cet après-midi, plus de douze kilomètres. (Et j’ai survécu. Le petit gros à lunettes que j’ai été n’en revient pas.) De là à imaginer que, crise de la quarantaine aidant, je me mette en tête de courir un marathon… Dieu nous en garde.

Il reste heureusement des manières moins épuisantes de se conformer à une certaine idée vieillotte de l’homme.

Oserais-je avouer que je ne me suis jamais senti aussi caricaturalement viril que cet après-midi, non au retour de ma course, mais lorsque j’ai réussi, du premier coup et sans lire le mode d’emploi, à changer le mécanisme de ma chasse d’eau ?

mercredi 24 janvier 2018

Opéra (bis)

Il y a quelques mois, en répondant à un sondage lancé par le journaliste Guillaume Tion sur Twitter, j’ai dû me rendre à l’évidence : la première fois que j’avais vu et entendu un opéra en salle, c’était La Damnation de Faust de Berlioz, à l’opéra de Lyon, et j’avais 23 ou 24 ans. Le caractère tardif de cet événement m’avait frappé sur le moment, vu les quantités de musique que j’écoute par ailleurs depuis mes 14 ans.

C’était il y a dix ans, et je ne suis pas retourné une seule fois voir un spectacle d’opéra après cette première. Je parlais un peu de cette forme musicale, avec quelques éléments d’explication (pas vraiment satisfaisants), dans ce court billet de 2013. Aujourd’hui, avec tous les gros coffrets consacrés à des chefs d’orchestre du passé qu’on a accumulés à la maison, ce sont plusieurs dizaines d’opéras, oratorios et œuvres vocales qui attendent sagement une écoute.

Soudain, à la faveur d’une commémoration festive qui tombe à propos, on se décide à aller voir le Dialogues des Carmélites de Poulenc au Théâtre des Champs Elysées, à Paris ; qui plus est, à la faveur d’une soirée de célibataire à venir, je me décide à prendre une place pour Le Cercle de craie de Zemlinsky, à l’opéra de Lyon. Deux opéras en quinze jours. Pourquoi cela, maintenant ? Mystère.

jeudi 4 janvier 2018

Apostille au billet précédent

On a pu lire beaucoup certains auteurs, jusqu’à parfois, disons, les trois quarts de leur œuvre. Mais on sait pertinemment qu’on n’en lira pas toute l’œuvre, parce qu’elle est colossale, par exemple. Ou parce qu’une partie bien spécifique des écrits de l’auteur n’est clairement pas la meilleure, ou parce que l’auteur a beaucoup plu à une certaine période, mais que d’autres ont pris le dessus sans que l’on pense jamais revenir au premier. Ou que l’auteur s’est répété à un point que l’on estime incompatible avec une lecture intégrale de l’œuvre.

Les quelques-uns qui me viennent à l’esprit : Thomas Stearns Eliot (je doute de lire jamais son théâtre), Alexandre Vialatte (je doute de lire jamais ses romans), Victor Hugo (je doute de lire jamais tout son théâtre), David Lodge et Johnathan Coe (je n’aurai lu que les romans que Fabrice m’aura conseillés), Georges Simenon (est-il humainement possible de supporter la lecture de tous ses romans durs, diversement noirs et désespérés ? je pense que je me serai arrêté avant de les avoirs tous lus).

mercredi 3 janvier 2018

Tout, tout, tout vous saurez tout

Quand on aime un auteur, on finit par en lire tout, même ses opus les moins bons. On veut le manger en entier, de peur de rater la perle. Par une association d’idée venue d’une discussion, j’essaie de me souvenir des auteurs dont j’ai lu toute l’œuvre ou presque (mettons à part la correspondance, pas toujours publiée d’ailleurs, et quelques œuvres introuvables) ; si c’était à refaire aujourd’hui je ne relirais pas tout de certains d’entre eux. Je ne relirai peut-être même pas certains d’entre eux. On change de goût, on considère maintenant mauvais des textes qu’on a pu adorer à 15 ans… ah, jeunesse.

Drôle de patchwork qui n’a pas vraiment de cohérence, quand on voit groupée à la queue leu-leu cette vingtaine de noms : Ernest Hemingway, John Steinbeck, André Malraux, Hervé Guibert, Saint-John Perse, Jacques Prévert, Arthur Rimbaud, Seamus Heaney, Julian Barnes, Robert Desnos, Paul Eluard, Jean Racine, Molière, Albert Camus, Charles Dantzig, Emmanuel Carrère, Jean Echenoz, Guy de Maupassant, Fiodor Dostoïevski, Jacques Drillon. (Honoré de Balzac, Michel Tramblay, Alan Bennett : cela ne saurait tarder.)

mardi 26 décembre 2017

La Comédie humaine (3)

Les Balzac de l’année 2017 : L’Interdiction, Le Contrat de mariage, Ursule Mirouët, La Rabouilleuse, Le Curé de Tours, Pierrette, Eugénie Grandet, Autre étude de femme. On a pleinement pu constater que Balzac était atteint du syndrôme de Clint Eastwood. Les grands créateurs prolifiques comme Balzac ou Hugo ont justement créé beaucoup… il y a bien sûr quelques chefs-d’œuvre, puis l’essentiel de la production qui oscille entre l’excellent et le très bon, mais on trouve aussi des œuvres moyennes, d’autres ratées. Ursule Mirouët et Autre étude de femme me semblent loin d’être les sommets de la Comédie humaine, au contraire de La Rabouilleuse et l’Interdiction.

Balzac excelle dans le roman court. C’est peut-être là qu’il est le meilleur. L’Interdiction est de ces textes francs, mais non dénués de délicatesse, qui vont à l’essentiel et ne s’attardent pas en chemin en vains bavardages. Dans Le Contrat de mariage ou Ursule Mirouët, Balzac perd en efficacité lorsqu’il se complaît à entrer dans une forêt de détails juridiques, chose qu’il adore mais qui peuvent encombrer certains de ses récits.

On peinerait à trouver une phrase superflue dans l’Interdiction. Le marquis d’Espard y est un personnage splendide, esprit intelligent et sensible, issu d’une noblesse séculaire. Il a découvert une faute commise par l’un de ses ancêtres, qu’il n’a de cesse de vouloir laver : elle lui pèse, elle contrevient à sa haute morale, à l’idée qu’il se fait du comportement qui sied à son rang. Il consacre donc une partie de sa fortune à dédommager une famille de basse extraction, pour effacer le méfait de son aïeul. Madame d’Espard, qui ne connaît pas les motivations nobles de son mari, l’accuse de dilapider la fortune du couple au profit d’inconnus. Elle, grande aristocrate parisienne introduite dans les milieux du pouvoir, ne peut accepter les largesses inconvenantes de son mari, qu’elle souhaite donc faire interdire (le mettre sous tutelle) pour s’assurer de la gestion de sa fortune. Le juge Popinot, modèle de probité et d’équité, est saisi du dossier. Il rencontre la marquise, puis le marquis, afin de connaître leurs raisons et pouvoir rendre son jugement de façon éclairée. Le marquis conte à Popinot l’histoire de sa famille, dans l’une des scènes les plus émouvantes de toute la Comédie humaine, où Balzac peint la grandeur d’un homme, à qui il est insupportable de savoir le nom entaché de meurtre. L’opposition entre la hauteur de vue du marquis et le goût des ors et du grand train que la marquise entend mener est saisissante. Deux conceptions diamétralement opposées du rang.

Popinot a fini par prendre fait et cause pour le marquis. Las, la marquise, sitôt le juge sorti de ses appartements, s’est entretenue avec le Garde des Sceaux. Le lendemain de sa rencontre avec le marquis, Popinot apprend qu’il est dessaisi, avec les suites que Balzac laisse imaginer au lecteur. Une centaine de pages, trois personnages superbes, une trame narrative implacable font de l’Interdiction l’un des grands romans de la litterature française.

 

dimanche 3 décembre 2017

L'Intranquille

Fernando Pessoa (1888–1935) n’a vraiment pas besoin de mes quelques mots pour sa gloire, mais les voici tout de même. Immense poète, son œuvre en prose comprend un opus magnum qui n’a jamais été publié entièrement de son vivant (seulement quelques textes) : le Livre de l’Intranquillité par Bernardo Soares. Soares est l’un des plus de 70 hétéronymes que s’est créés Pessoa, c’est-à-dire des « auteurs » derrière lesquels il se retranchait ; c’était sa manière de faire entendre d’autres voix, sans tout à fait s’effacer, en élaborant des styles et des idées bien spécifiques pour chacun de ses doubles.

Le Livre de l’Intranquillité est constitué de près de 500 fragments, certains explicitement notés par Pessoa comme devant faire partie du livre en cas d’édition, que les éditeurs modernes ordonnancent et incluent ou non à l’ensemble depuis la première édition portugaise de 1982. Ces fragments d’une ligne ou de quelques pages prennent la forme de descriptions, d’aphorismes, d’extraits d’un journal intime ou de poèmes en prose. Le prosaïque se mêle au profond, dans une atmosphère souvent onirique : Soares rêve dans presque chacun des fragments. Soares est, au dire même de Pessoa, l’hétéronyme qui était le plus proche de lui. Il élabore dans ce livre à la forme mouvante une sorte d’autobiographie, mêlée de vues de Lisbonne, de réflexions sur l’art ou sur la vie quotidienne d’un employé de bureau (qu’était Pessoa, comme son hétéronyme Soares). Pour être lapidaire : ces 600 pages ont une densité, une cohérence incroyables sur le thème du désespoir de l’existence, désespoir heureusement apaisé par le rêve par lequel on s’évade, et par la littérature.

Deux choses, principalement, me frappent à la lecture. Le texte possède un caractère intemporel, on pourrait le dire écrit en 2017. La traduction de Françoise Laye y est sûrement pour beaucoup. Peu d’éléments, descriptifs ou linguistiques, permettent de le rattacher au Lisbonne des années 1910 – 1930 dont il est issu. L’autre point est la puissance de la prose de Pessoa, rehaussée par des images somptueuses, que l’on peut mettre aux côtés de celle de quelques rares auteurs du siècle passé. (Je pense à trois livres, La Marche de Radetzky, À la recherche du temps perdu ou Le Guépard.) On est parfois bouleversé, souvent étreint par la beauté des phrases sorties de l’esprit de ce petit homme, qui dépassent et écrasent de leur grandeur sa modeste vie.

Extraits.

47

… dans ce triste fatras de mes émotions confuses…

Une tristesse crépusculaire, tissée de lassitudes, de faux renoncements, un ennui immédiat à la moindre sensation, une douleur comme un sanglot retenu, ou une vérité soudain révélée. Mon âme attentive voit se dérouler ce paysage de mes abdications – longues allées de gestes interrompus, hauts massifs de rêves que je n’ai pas même bien rêvés, inconséquences, telles des clôtures de buis séparant des chemins déserts, suppositions pareilles à de vieux bassins aux jets d’eau muets –, tout s’emmêle et se visualise médiocrement dans ce triste fatras de mes sensations confuses.

 […]

394

Et de même que je rêve, je raisonne si je le veux, parce que ce n’est là en somme qu’une autre façon de rêver.

Prince d’heures plus fortunées, je fus jadis ta princesse, et nous nous sommes aimés d’un amour d’une autre sorte, dont le souvenir me fait encore mal.

Lus en 2017

Je mets de côté la bande dessinée, la presse magazine, les livres utilitaires, guides ou catalogues, et l’énorme masse de tout ce qui se lit sur écran. Si on ne garde que la littérature, en 2017 j’ai moins lu que les années passées : une grosse soixantaine de livres. Une moitié de romans, deux livres de poésie (seulement…) et six livres en anglais (seulement…).

Bien loin l’adolescence, quand je lisais peut-être 200 à 250 livres par an, mais Twitter et les féeries numériques prennent une place importante.

Je suis heureux d’avoir lu plusieurs perles, L’Interdiction, La Rabouilleuse ou Le Curé de Tours de Balzac ; Vie de Henry Brulard de Stendhal, Mon amie Nane de Toulet et Article 353 du code pénal de Viel, et de m’être à nouveau plongé dans Pessoa.

mardi 3 octobre 2017

Un pilote

Robert (Bob) pratique le parapente depuis 1990. La semaine passée, il est allé voler à Saint-André des Alpes, où l’on peut faire de beaux cross tard dans la saison. Il y rencontre par hasard le moniteur qui l’a accompagné pour son premier grand vol, il y a 27 ans.

Bob racontait sur le décollage de Saint-André l’anecdote qui l’avait poussé à commencer le parapente. Il avait appris qu’un vieil homme de 81 ans avait commencé la veille, alors, pourquoi pas son ami Maurice et lui ? (Ils devaient avoir une grosse quarantaine d’années, peut-être la cinquantaine). Un moniteur présent lui aussi sur le décollage l’entend raconter, s’approche, se souvient de l’anecdote du vieil homme, parce que le moniteur, c’était lui. Il se trouve qu’il était également le premier moniteur de Bob. Un décollage en parapente n’est pas si fréquent en 1990, l’école l’avait donc filmé ainsi que le vol. Le moniteur a conservé le film, l’a retrouvé ; Bob l’a récupéré. Bob en a fait part à ses camarades du club de parapente, avec lequel il vole toujours. Il approche aujourd’hui doucement de l’âge auquel le vieil homme avait commencé l’activité, il y a 27 ans.

dimanche 17 septembre 2017

La Parisienne

Déçu par le dernier Désérable, paresseux et assez vide, j’avais besoin de roman, de fiction, de subtilités, de tours et détours dans des vies imaginaires fantasmées. Je sautai sur Autre étude de femme, de Balzac. Oh, ce n’est pas un bien bon Balzac, mais il contient plus d’invention et de nuances que le Désérable. Dans cette nouvelle, Balzac convie à un dîner certains des personnages de la Comédie Humaine : Marsay, Bianchon, Blondet, Nucingen, la marquise d’Espard… La nouvelle est composée de plusieurs épisodes qui se suivent, au gré de la conversation des convives. L’un d’eux est l’occasion d’une tirade de Blondet de quatre pages (dans mon édition Pléiade), sur le thème de la femme comme il faut, c’est-à-dire la Parisienne. Le P est de Balzac. Blondet est le type du journaliste arriviste, brillant, qui écrit et parle bien. Voyez comme Balzac fouille les moindres recoins de son archétype, comme il laisse se déployer tous les traits et attitudes de son modèle, en déversant son flot de comparaisons et métaphores, et comme son français majestueux irradie au point de vous faire bêtement penser que c’est la plus belle langue du monde. Je respecte la ponctuation de l’éditeur ; c’est peut-être celle de l’auteur, elle est parfois un peu hasardeuse. On aimerait aujourd’hui lire un équivalent moderne chez un bon écrivain en vue, je ne sais pas, le bobo trentenaire dans sa splendeur quotidienne par exemple. Mais vous pourrez transposer de vous-même.

– Tout cela ne me dit pas ce qu’est une femme comme il faut ? s’écria le jeune polonais.

– Eh ! bien, je vais vous l’expliquer, répondit Emile Blondet au compte Adam. Par une jolie matinée, vous flânez dans Paris. Il est plus de deux heures, mais cinq heures ne sont pas sonnées. Vous voyez venir à vous une femme, le premier coup d’œil jeté sur elle est comme la préface d’un beau livre, il vous fait pressentir un monde de choses élégantes et fines. Comme le botaniste à travers monts et vaux de son herborisation, parmi les vulgarités parisiennes vous rencontrez enfin une fleur rare. Ou cette femme est accompagnée de deux hommes très distingués dont un au moins est décoré, ou quelque domestique en petite tenue la suit à dix pas de distance. Elle ne porte ni couleurs éclatantes, ni bas à jours, ni boucle de ceinture trop travaillée, ni pantalons à manchettes brodées bouillonnant autour de sa cheville. Vous remarquerez à ses pieds, soit des souliers de prunelle à cothurnes croisés sur un bas de coton d’une finesse excessive ou sur un bas de soie uni de couleur grise, soit des brodequins de la plus exquise simplicité. Une étoffe assez jolie et d’un prix médiocre vous fait distinguer sa robe, dont la façon surprend plus d’une bourgeoise : c’est presque toujours une redingote attachée par des nœuds, et mignonnement bordée d’une ganse ou d’un filet imperceptible. L’inconnue a une manière à elle de s’envelopper dans un châle ou dans une mante ; elle sait se prendre de la chute des reins au cou, en dessinant une sorte de carapace qui changerait une bourgeoise en tortue, mais sous laquelle elle vous indique les plus belles formes, tout en les voilant. Par quel moyen ? Ce secret, elle le garde sans être protégée par aucun brevet d’invention. Elle se donne par la marche un certain mouvement concentrique et harmonieux qui fait frissonner sous l’étoffe sa forme suave ou dangereuse, comme à midi la couleuvre sous la gaze verte de son herbe frémissante. Doit-elle à un ange ou à un diable cette ondulation gracieuse qui joue sous la longue chape de soie noire, en agite la dentelle au bord, répand un baume aérien et que je nommerais volontiers la brise de la Parisienne ? Vous reconnaîtrez sur les bras, à la taille, autour du cou, une science de plis qui drape la plus rétive étoffe, de manière à vous rappeler la Mnémosyne antique. Ah ! comme elle entend, passez-moi cette expression, la coupe de la démarche ! Examinez bien cette façon d’avancer le pied en moulant la robe avec une si décente précision, qu’elle excite chez le passant  une admiration mêlée de désir, mais comprimée par un profond respect. Quand une Anglaise essaie de ce pas, elle a l’air d’un grenadier qui se porte en avant pour attaquer une redoute. À la femme de Paris le génie de la démarche ! Aussi la municipalité lui devait-elle l’asphalte des trottoirs. Cette inconnue ne heurte personne. Pour passer, elle attend avec une orgueilleuse modestie qu’on lui fasse place. La distinction particulière aux femmes bien élevées se trahit surtout par la manière dont elle tient le châle ou la mante croisée sur sa poitrine. Elle vous a, tout en marchant, un petit air digne et serein, comme les madones de Raphaël dans leur cadre. Sa pose, à la fois tranquille et dédaigneuse, oblige le plus insolent dandy à se déranger pour elle. Le chapeau, d’une simplicité remarquable, a des rubans frais. Peut-être y aura-t-il des fleurs, mais les plus habiles de ces femmes n’ont que des nœuds. La plume veut la voiture, les fleurs attirent trop le regard. Là-dessous vous voyez la figure fraîche et reposée d’une femme sûre d’elle-même sans fatuité, qui ne regarde rien et voit tout, dont la vanité blasée par une continuelle satisfaction répand sur sa physionomie une indifférence qui pique la curiosité. Elle sait qu’on l’étudie, elle sait que presque tous, même les femmes, se retournent pour la revoir. Aussi traverse-t-elle Paris comme un fil de la Vierge, blanche et pure. Cette belle espèce affectionne les latitudes les plus chaudes, les longitudes les plus propres de Paris ; vous la retrouverez entre la 10e et la 110e arcade de la rue de Rivoli ; sous la Ligne des boulevards, depuis l’Équateur des Panoramas, où fleurissent les productions des Indes, où s’épanouissent les plus chaudes créations de l’industrie, jusqu’au cap de la Madeleine ; dans les contrées les moins crottées de bourgeoisie, entre le 30e et le 150e numéro de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Durant l’hiver, elle se plaît sur la terrasse des Feuillants et point sur le trottoir en bitume qui la longe. Selon le temps, elle vole dans l’allée des Champs-Élysées, bordée à l’est par la place Louis XV, à l’ouest par l’avenue de Marigny, au midi par la chaussée, au nord par les jardins du faubourg Saint-Honoré. Jamais vous ne rencontrerez cette jolie variété de femme dans les régions hyperboréales de la rue Saint-Denis, jamais dans les Kamtschatka des rues boueuses, petites ou commerciales ; jamais nulle part par le mauvais temps. Ces fleurs de Paris éclosent par un temps oriental, parfument les promenades, et passé cinq heures, se replient comme les belles-de-jour. Les femmes que vous verrez plus tard ayant un peu de leur air, essayant de les singer, sont des femmes comme il en faut ; tandis que la belle inconnue, votre Béatrix de la journée, est la femme comme il faut. Il n’est pas facile pour les étrangers, cher comte, de reconnaître les différences auxquelles les observateurs émérites les distinguent, tant la femme est comédienne, mais elles crèvent les yeux aux Parisiens : c’est des agrafes mal cachées, des cordons qui montrent leurs lacis d’un blanc roux au dos de la robe par une fente entrebâillée, des souliers éraillés, des rubans de chapeau repassés, une robe trop bouffante, une tournure trop gommée. Vous remarquerez une sorte d’effort dans l’abaissement prémédité de la paupière. Il y a de la convention dans la pose. Quant à la bourgeoise, il est impossible de la confondre avec la femme comme il faut ; elle la fait admirablement ressortir, elle explique le charme que vous a jeté votre inconnue. La bourgeoise est affairée, sort par tous les temps, trotte, va, vient, regarde, ne sait pas si elle entrera, si elle n’entrera pas dans un magasin. Là où la femme comme il faut sait bien ce qu’elle veut et ce qu’elle fait, la bourgeoise est indécise, retrousse sa robe pour passer un ruisseau, traîne avec elle un enfant qui l’oblige à guetter les voitures ; elle est mère en public, et cause avec sa fille ; elle a de l’argent dans son cabas et des bas à jour aux pieds ; en hiver, elle a un boa par-dessus une pèlerine en fourrure, un châle et une écharpe en été : la bourgeoise entend admirablement les pléonasmes de toilette. Votre belle promeneuse, vous la retrouverez aux Italiens, à l’Opera, dans un bal. Elle se montre alors sous un aspect si différent, que vous diriez deux créations sans analogie. La femme est sortie de ses vêtements mystérieux comme un papillon de sa larve soyeuse. elle sert, comme une friandise, à vos yeux ravis les formes que le matin son corsage modelait à peine. Au théâtre, elle ne dépasse pas les secondes loges, excepté aux Italiens. Vous pourrez alors étudier à votre aise la savante lenteur de ses mouvements. L’adorable trompeuse use des petits artifices politiques de la femme avec un naturel qui exclut toute idée d’art et de préméditation. A-t-elle une main royalement belle, le plus fin croira qu’il était absolument nécessaire de rouler, de remonter ou d’écarter celle de ses ringleets ou de ses boucles qu’elle caresse. Si elle a quelque splendeur dans le profil, il vous paraîtra qu’elle donne de l’ironie ou de la gràce à ce qu’elle dit au voisin, en se posant de manière à produire ce magnifique effet de profil perdu, tant affectionné par les grands peintres, qui attire la lumière sur la joue, dessine le nez par une ligne nette, illumine le rose des narines, coupe le front à vive arête, laisse au regard sa paillette de feu, mais dirigée dans l’espace, et pique d’un trait de lumière la blanche rondeur du menton. Si elle a un joli pied, elle se jettera sur un divan avec la coquetterie d’une chatte au soleil, les pieds en avant, sans que vous trouviez à son attitude autre chose que le plus délicieux modèle donné par la lasitude à la statuaire. Il n’y a que la femme comme il faut pour être à l’aise dans sa toilette ; rien ne la gêne. Vous ne la surprendrez jamais, comme une bourgeoise, à remonter une épaulette récalcitrante, à faire descendre un busc insubordonné, à regarder si la gorgette accomplit son office de gardien infidèle autour de deux trésors étincelants de blancheur, à se regarder dans les glaces pour savoir si la coiffure se maintient sans ses quartiers. Sa toilette est toujours en harmonie avec son caractère, elle a eu le temps de s’étudier, de décider ce qui lui va bien, car elle connaît depuis longtemps ce qui ne lui va pas. Vous ne la verrez pas à la sortie, elle disparaît avant la fin du spectacle. Si par hasard elle se montre calme et noble sur les marches rouges de l’escalier, elle éprouve alors des sentiments violents. Elle est là par ordre, elle a quelque regard furtif à donner, quelque promesse à recevoir. Peut-être descend-elle ainsi lentement pour satisfaire la vanité d’un esclave auquel elle obéit parfois. Si votre rencontre a lieu dans un bal ou dans une soirée, vous recueillerez le miel affecté ou naturel de sa voix rusée ; vous serez ravi de sa parole vide, mais à laquelle elle saura communiquer la valeur de la pensée par un manège inimitable.

– Pour être femme comme il faut, n’est-il pas nécessaire d’avoir de l’esprit, demanda le comte polonais.

– Il est impossible de l’être sans avoir beaucoup de goût, répondit madame d’Espard.

 […]

vendredi 25 août 2017

Sac à dos, sac à dos !

En ces temps d’attentats, une procédure de sécurité inutile s’est répandue un peu partout depuis deux ans. Lieux publics, commerces, bureaux : peu ne sont pas concernés. Il s’agit simplement de faire ouvrir les sacs à dos. Un agent de sécurité y jette un regard plus ou moins rapide, et vous laisse passer.

Sac à dos, sac à dos ! On n’y échappe plus. Le matin en arrivant à mon lieu de travail, après déjeuner en y remontant. (On ne sait jamais ce qui pourrait se retrouver dans votre sac à dos entre 8 et 13 heures, mieux vaut contrôler plutôt deux fois qu’une.) Le midi, en entrant dans le centre commercial. En fin de journée, lorsqu’on sort de chez son disquaire favori, et même si aucune alarme ne s’est déclenchée lors du passage du portique contre les vols. À l’entrée des musées, des bureaux de vote, etc.

Ce qui m’agace, c’est l’absence de recul, et pour tout dire la bêtise avec laquelle cette consigne est appliquée. Sans compter son côté systématique et usant, au bout de la cinquième fois de la journée. Mon sac comporte trois compartiments, mais on ne me demande jamais d’ouvrir les deux petits. Et on ne regarde jamais au fond du compartiment principal. Pendant les quelques instants où je suis arrêté, cinq dames ont eu le temps de passer derrière l’agent de sécurité, chacune avec un sac à main. Mais non, les sacs à main ne sont pas contrôlés, même ceux qui sont plus volumineux que mon sac. Je suis bien idiot, je devrais abandonner le sac à dos pour le sac à main. Devant moi, on fait ouvrir une petite valise à roulettes. Aussitôt ouverte, on la fait refermer, sans même que l’agent ait fait mine d’essayer de regarder un peu son contenu ! Quel est l’intérêt ?

Soyons sérieux : soit on installe des dispositifs lourds, couteux et invasifs similaires à ceux qu’on voit dans les aéroports, et on embête vraiment en contrôlant tout le monde (le contrôle acquérant ainsi un semblant d’efficacité), soit on ne fait rien. Tout intermédiaire ne sert à rien, à part faire râler les propriétaires de sac à dos qui n’ont rien à se reprocher.

dimanche 30 juillet 2017

Old Devil

Lorsque nous allons à Londres, Fabrice et moi ne manquons jamais de courir les librairies, notamment de livres d’occasion, pour ramener en France un peu (beaucoup) de littérature en anglais.

Il y a cinq ans, deux Kingsley Amis (1922-1995) ont ainsi traversé la Manche : Lucky Jim, son premier roman de 1954, et The Old Devils de 1986, qui lui avait fait gagner le Booker Prize. Malgré sa connaissance quasi encyclopédique du roman comique britannique, Fabrice n’avait jamais lu cet auteur. J’avais essayé moi aussi à l’époque, mais The Old Devils m’avait rebuté par sa difficulté, et je le délaissai à mi-parcours. Je voyais depuis Kingsley Amis comme un écrivain conservateur, râleur, porté sur le sexe et fortement alcoolique. D’où cette image excessivement négative (et globalement fausse) avait-elle bien pu me venir ?

Il y a deux semaines, j’étais contraint à une longue attente à l’aéroport de Francfort. Je suis tombé par hasard sur un essai posthume de Kingsley Amis, The King’s English, publié par son fils Martin en 1997 ; je l’achetai immédiatement. Le livre est tout à la fois un glossaire, avec des entrées classées par ordre alphabétique, une digression sur la langue anglaise et un recueil de conseils et consignes pour bien écrire et parler l’anglais, parsemé de souvenirs de l’auteur. Amis s’appuie sur un grand classique anglais, le Dictionary of Modern English Usage de Fowler (1926), qu’il cite et commente abondamment, ce livre-là étant lui aussi bourré de witticisms. Les nombreux passages où Amis explique comment tel mot ou expression doivent se prononcer et s’accentuer sont très drôles.

À l’entrée Gay, voici ce qu’il écrit. La traduction est de votre serviteur :

L’emploi de ce mot en tant qu’adjectif ou nom pour désigner un homosexuel a depuis longtemps, et de façon inhabituelle, attiré à lui une forte répugnance. Cette “nouvelle” signification est pourtant courante depuis des années. L’expression Gay lib se trouve dans le Roget révisé depuis 1987, et le Concise Oxford Dictionary de 1988 donne homosexuel comme sens n°5 du mot gay. Cependant, dans cet ouvrage, le mot est suivi de la précision “jargon”, c’est-à-dire “couramment employé au sein d’un groupe restreint”. Sans aucun doute, même en Angleterre aujourd’hui, les gens qui ont des lettres ne constituent pas un groupe restreint, et quiconque sait lire sait depuis longtemps ce que gay signifie. Et pourtant, en ce printemps de 1995, encore et toujours quelque vieil acariâtre, l’écume aux lèvres, exige publiquement et dans ses écrits que le mot soit “rendu” à l’usage hétérosexuel qui lui est propre.

C’est impossible. Je reconnais que je suis ennuyé, comme tout un chacun, car dans les faits il ne m’est pas permis de citer en public ce que Chesterton a écrit au début du merveilleux poème dédicatoire à son livre Le Nommé Jeudi (The Man Who Was Thursday, 1908). Mais je peux certainement le citer sans problème ici. Il est fait référence aux années 1890.

Un nuage obscurcissait l’esprit des hommes

Et le temps allait gémissant,

Oh ! oui, un nuage maladif couvrait l’âme

Lorsque tous deux nous étions jeunes gens.

La science annonçait le nihilisme

Et l’art admirait la décadence ;

Le monde était vieux et finissant,

Mais toi et moi étions gays.

Le fait que ces lignes ne choquent plus aujourd’hui ne doit pas masquer que, plus généralement, une fois qu’un mot est non seulement courant mais accepté bon gré mal gré dans une certaine acception, aucune puissance sur terre ne peut le rejeter. Les plus subtiles affinités avec les changements d’une langue, ou un minimum de réflexion éclairent cette vérité.

Ce n’est plus totalement une vérité malvenue. Le mot gay est réjouissant et plein d’espoir, à l’opposé du monde des lugubres et cliniques associations punitives du mot homosexuelNous avons la chance de pouvoir nous payer le luxe de la générosité, lorsque notre vocabulaire s’élargit et s’enrichit.

Ceci achève de me convaincre de l’idée erronée que j’avais de cet écrivain, et de son talent.

lundi 20 mars 2017

Escapades russes

Il y a dix ans, alors que j’étais tout jeune embauché, Jacques, notre expert et mon supérieur hiérarchique de l’époque, m’avait proposé de l’accompagner en Arménie. Il s’agissait de suivre un chantier, sur plusieurs missions de deux ou trois jours. L’Arménie n’a qu’une centrale nucléaire (qui dans l’ensemble fait très peur quand on marche entre ses bâtiments), mais se dote peu à peu, souvent par le biais de moyens internationaux, de nouvelles installations.

Jacques est attaché à la langue russe, qu’il parle couramment. Il a séjourné en URSS dès ses études, à la fin des années 1960. Il n’a cessé de retourner depuis dans des pays qui au temps de la guerre froide étaient des satellites de la Russie. Il participe toujours, à ma connaissance, à des fouilles archéologiques dans ces régions, avec sa femme directrice de recherche au CNRS.

Lors de notre première mission à Erevan et Metzamor, je n’ai évidemment rien compris à ce qui s’est dit. Si les plus jeunes apprennent et parlent maintenant l’anglais majoritairement, les plus anciens qui étaient nos interlocuteurs, âgés disons de 45 ans et plus, ont dû apprendre le russe : l’Arménie a été sous domination soviétique jusqu’en 1991. (Un soir Jacques a d’ailleurs essayé de parler russe à un jeune serveur, qui lui a obstinément répondu en arménien – à dessein, m’avait-il semblé. La langue du dominateur était celle de la génération de ses parents, lui ne voulait plus que ce fût la sienne.) Ce fut donc la langue de travail pour quelques jours.

Avant la seconde mission deux mois plus tard, je m’étais mis un petit défi : comprendre au moins la conversation que Jacques ne manquerait pas d’avoir avec le conducteur de taxi, de l’aéroport à l’hôtel. Grande motivation, méthode express. Je me disais même, optimiste, qu’un jour je serais capable de lire Dostoïevski dans sa langue. J’ai compris une partie de la conversation dans le taxi, le moment venu, et quelques échanges informels (au restaurant, le soir ; à la cantine avec nos clients). Je suis retourné en Arménie une dernière fois courant 2007 ; je ne me suis plus rendu dans un pays russophone depuis, je ne le savais pas alors mais j’avais laissé-là toute velléité d’amélioration de mon niveau de russe pour les dix années à suivre.

En mai prochain, nous serons à Saint-Petersbourg à l’occasion des nuits blanches. Je me suis donc fixé un deuxième défi : revenir à l’apprentissage du russe par une méthode détaillée, afin d’acquérir une vision nettement plus extensive de la langue. J’aime bien l’idée d’aller dans un pays et d’en comprendre et parler un peu (beaucoup ?) la langue. Cette langue est difficile pour un Français comme moi, qui ne connais pas de langue slave, qui n’ai jamais été brillant en latin ou en allemand (langues qui ont quelques éléments de proximité avec le russe). Cela représente même un des plus grands efforts intellectuels dans lesquels je me sois lancé. Alors on sourira de mes y, de mes ю ; de mes a, de mes я car beaucoup seront mal-t-à propos. Mais je me rapproche doucement de Dostoïevski, я вам говорю !

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